lundi 15 août 2005

La fin d'une époque

Le 22 juillet 2005, après 7 mois de voyage ininterrompu entre le Japon et la Suisse, Tintin et moi descendions de l'inter-regio IR1718 à la gare de Lausanne, et marquions ainsi la fin de ce qui restera sans doute dans ma mémoire, la plus belle expérience de tous les temps. Fidèle à notre promesse, et en clin d'oeil à mon ami Pierre, nous imitâmes le signe des hippies sur le quai de la gare avant de nous quitter là, sans rien ajouter.



Pour ma part, je montai dans le tain d'en face pour me rendre à Nyon, puis à Crassier où j'allais entammer le chapitre suivant de mon inattendue existence.
J'ignore le contenu des pensées qui trottèrent dans la tête de Tintin alors qu'elle descendait seule le passage de Montriond, pour se rendre chez elle. Mais je suppose que tout comme celles qui furent les miennes à ce même moment, elle ne les retrouva jamais plus.


La photo que vous voyez là, c'est le reflet de moi que je préfère. Fourbu, fatigué, du sable dans les chaussures, des idées plein la tête, et le sentiment d'avoir remporté le plus beau des trophées: le monde.

mercredi 27 juillet 2005

La Perse

Que se cache-t-il derrière les frontières de l'Iran?

A en croire les dernières nouvelles Euro-étasuniennes, il semblerait que le nouveau président Iranien soit un affreux preneur d'otages, tueur de Kurdes, et que le gouvernement théocratique soit un modèle d'anti-démocratisme profond. La population serait fatiguée de son gouvernement despotique et n'attendrait que la première occasion pour se révolter et faire tomber l'Ayatollah (chef religieux suprême de l'Iran).

Est-ce là ce qu'on observe?

Et bien avant de répondre, laissez moi remettre les choses dans leur contexte.
Les Perses n'ont jamais connu la démocratie. La population a toujours été gouvernée par un seul homme, et ce depuis l'empire Achéménide datant de 500 avant Jésus Christ. La révolution culturelle à laquelle nous avons assisté en 1979 n'avait pas à sa source un désir de changement de système, mais un désir de changement de roi.

Nous sommes au 19ème siècle, la révolution industrielle bat son plein de l'Angleterre jusqu'à la Russie et l'approvisionnement en or noir commence de plus en plus à intéresser les visionnaires des deux pays. L'Angleterre est présente juste à l'est du pays, de par sa colonie Indienne ; elle souhaite plus que tout s'assurer un accès au Golf Persique. La Russie au Nord, entre la Caspienne et la mer Noire a déjà ravi à l'Iran la Géorgie, L'Azerbaïdjan, l'Arménie et le Daghestan et s'apprête à descendre plus bas, dans le même but.
Mais ironiquement, la faiblesse de la dynastie du moment, les Jars, sauvèrent l'Iran d'une Invasion. Nasser al Dinh (1848-1896) était un imbécile, plus préoccupé à satisfaire son harem et puiser dans les caisses de l'Etat pour satisfaire ses caprices, qu'à s'inquiéter de l'intérêt croissant des Puissances occidentales pour son pays. Il gaspillait d'ailleurs tellement d'argent en imbécillités, qu'il renouvelait sans cesse la vente à prix perdu des ressources de son pays aux Puissances.
Au sommet de sa folie, il s'était même apprêté à vendre aux Britanniques "le droit d'exploitation de toutes les ressources économiques du pays (banques, mines chemin de fer entre autre) pour une somme aussi ridicule que 40'000 pounds, suivi de payements de 10'000 pounds annuellement pendant les 25 années à venir. Heureusement le deal a été découvert par la communauté internationale et déclaré caduc.

Mais il n’en restait pas pour le moins asservi aux deux Puissances qui l'entourait, et son pays servait de zone tampon entre elles. Désireuses de ne pas entrer en conflit d'intérêt direct (la Russie et l'Angleterre ayant toutes deux été membres de la triple entente durant la première guerre), elles restèrent ainsi en statut quo.

En 1906, Les Iraniens, révoltés de voir leur pays lécher les bottes des puissances, et de voir leur ressources pillées, montèrent au barricades et exigèrent du roi Muzzafar al Din la mise en place d'un parlement:le Majlis. Inquiets de voir le pouvoir d'un roi si obéissant et coopératif affaibli, les russes persuadèrent son fils: Mohammed Ali, de déclarer la loi martiale et d'annuler le parlement en 1908.
Un soulèvement historique s'en suivi à Tabriz en 1909, obligeant Mohammed Ali à abdiquer en faveur de son fils (encore enfant): Ahmed. Les Russes matèrent la rébellion en assiégeant la ville pendant 40 jours. Cet événement est encore célébré par les Iraniens; ils l'appellent la révolution constitutionnelle.

Durant la première guerre mondiale, le pays fut occupé partiellement par les Britanniques au sud, la Russie au Nord et la Turquie au Nord ouest. Le roi Ahmed, très affaibli perdit le contrôle du pays, et les Britanniques soutinrent un officier charismatique du nom de Reza Khan dont ils financèrent le coup d'Etat en 1921. Il prit le pouvoir et s'auto couronna roi d'Iran, entamant ainsi la dynastie des Pahlavis.

Ce nouvel illettré à la tête du pays était bien sûr à la solde des Russes et des Britanniques et continuait à leur servir de pantin.
Lord de la deuxième guerre mondiale, son penchant naziste obligèrent les Russes et les Britanniques à s’en débarrasser et lui préférèrent son fils de 22 ans: Mohammed Reza.

Comme on le sait, la deuxième guerre a été synonyme de déclin pour les Puissances Européennes. Non seulement elle affaiblit grandement les Britanniques, Les Français et les Russes, mais elle fit aussi prendre conscience aux colonies Asiatiques que le Blanc tout puissant n’était en fait pas invincible. Des hommes tels: Ho shi min, Suharto, Aung San, Gandhi, Pol Pot et j'en passe firent leur études en Europe et virent de leurs yeux la décadence des Puissances à ce moment de l'histoire. Avec l'aide des japonais, des pays comme le Vietnam, le Laos, le Cambodge, l'Indonésie, la Malaisie, la Birmanie et les Philippines se défairent des Brits, Hollandais, Français et Portugais et déclarèrent leur indépendance une fois que les japonais, vaincus chez eux, eurent mis les voiles.
Bien que ces Puissances, soucieuses de protéger leur intérêts tentèrent en vain de reprendre le contrôle d'une partie de ces pays (Dutch en Indonésie, Français au Laos) et que la nouvelle puissance montante du moment (USA), dans son combat contre le communisme, y mena aussi sa guerre (Vietnam), toutes ses ex colonies, l'Inde y comprit finirent par gagner leur indépendance totale. C'était la fin des colonies.

Mais tout ne fut pas si rose pour l’Iran, car leur indépendance était pour ainsi dire fantoche.
Le roi Mohammed Reza continuait à servir les intérêts des Puissances. Notamment des Anglais, qui à ce moment de l’histoire, pompaient déjà une quantité impressionnante de petro dollars du sol Iranien via l'Anglo Iranian oil company.

Dans cette atmosphère peu rose, un homme se leva: le docteur Mohammad Mossadegh. Il devint premier ministre à la place de Razmara assassiné, et nationalisa la compagnie de pétrole. Rapatriant ainsi l'argent de l'or noir vers les Iraniens.

L’ultra colonialiste Winston Churchill persuada alors Eisenhower d'organiser un coup d'Etat dans le sous sol de leur ambassade à Téhéran visant à se débarrasser de Mossadegh et récupérer ainsi, je le cite "notre pétrole".
Le 19 Août 1953 c’est ce qui arriva. La résidence de Mossadegh fut attaquée par des chars et des soldats pro-Reza, et le premier ministre fut enfermé en résidence surveillée jusqu’à sa mort. Les britanniques récupérèrent ainsi «leur» or noir.

Ainsi, la révolution culturelle qui eut lieu en 1979, en réponse a la flambée des prix du pétrole dont le Iraniens ne virent pas un centime avait bien pour but de se débarrasser du roi fantoche à la solde des britanniques, et non d'accéder à la démocratie.
Lorsque l'ayatollah Khomeiny revint d'exile le 1er février 1979, il fut acclamé par des millions de gens comme un sauveur et devint naturellement le nouveau leader.

(Khomeiny avait du fuir pour ses nombreuses critiques contre le roi, dont celle-ci que je ne peux m'empêcher de vous relater : Critique qu'il a formulée lorsque le roi a donné complète immunité aux soldats américains sur sol Iranien en 1964: "le roi a réduit les Iraniens à un niveau plus bas qu'un chien américain. Car en Amérique si quelqu’un roulait sur un chien dans la rue, il serait jugé. Tandis que si un Américain roulait sur un Iranien en Iran, il n'aurait aucun soucis.")

En arrivant il déclara : « dorénavant, c'est moi qui nommerait le gouvernement et personne d'autre » Faisant référence aux nombreux rois mis au pouvoir par les Puissances durant les décennies précédentes.

L'Ayatollah un dictateur? Je pense que c'est ce que les pays ayant perdu leur ravitaillement de pétrole pas cher en Iran diront.
Pour l'instant, il se contente de vérifier qu'aucun président à la botte des occidentaux ne prenne le pouvoir.
Après deux siècles de léchage de bottes, les Iraniens ont la langue sèche. Ils ne veulent plus rien venant de l'ouest, et c’est compréhensible.

Maintenant, on ne peut pas non plus ignorer les massacres ignobles commis par les gardiens de la foi lors de la période qui suivit le retour de Khomeiny en Iran, et dans le contexte de la guerre contre l'Irak.
Un climat de tension et de méfiance interne exacerbée...

Bien sûr des prisonniers politiques furent exécutés. Des Iraniens érudits s'habillant et se comportant à l'européenne furent emprisonnées et torturés.
Mais un rapide coup d'oeil sur toutes les révolutions du monde vous rappellera que ce genre de pratiques se retrouve au travers du globe.
La terreur en France, imposée par Robespierre.
Les exécutions arbitraires supervisées par Che Guevarra lui même à Cuba.
La guerre civile d'Espagne.
Les Khmers rouges au Cambodge.
La liste est longue...

Quand un régime s'effondre et qu'un autre se met en place, il y a toujours une volonté de rupture énorme avec le passé. Et les anciens alliés ou défendeurs du régime déchu sont toujours la première cible des massacres...

Alors bien sur le voile est obligatoire (même si les choses se sont adoucies et que les filles les plus jeunes abusent en maquillage, en chaussures ouvertes et en voile révélant 3/4 de leur chevelure) mais la partie rurale de la population est très croyante et pas du tout fâchée par cet état de fait.

Alors quoi, sous prétexte qu'ils n'ont pas troqué leur Religion contre une république laïque, il faudrait les attaquer? leur faire manger de la démocratie a coups de crosse de fusils?

Non, certainement pas.

Les Iraniens croient à l'abstinence avant le mariage, à la non consommation d'alcool, au code vestimentaire stricte. Ce sont leurs valeurs imprégnées d'Islam.

Faut-il avoir peur qu'ils arment des terroristes pour nous attaquer? Non.
Ils sont eux même victime de terrorisme dans leur pays, qu'ils matent sans sourcilier.

Si les Iraniens sont méfiant à l'égard de l'occident, c’est à cause de l'occident. Alors peut-on vraiment s’en offusquer ?



vendredi 15 juillet 2005

L'origine


Nous sommes le 7 juin 632 A.D. dans la petite ville de Yathrib, mieux connue sous son appellation actuelle: Médine.
Une foule anormalement grande s'est amassée aux abords de la mosquée.
L'homme qui, il y a 10 ans était arrivé ici en fugitif, vêtu de haillons, et qui aujourd'hui règne en souverain absolu sur toute l'Arabie Saoudite qu'il a lui même unifiée est sur le point de faire une déclaration.

Mahomet, car c'est son nom, sait qu'il est sur le point de mourir. L'ange Gabriel, dont il avait reçu la visite il y a de cela bien longtemps maintenant, ne lui avait pas dit ce qui adviendrait de son royaume s'il venait à mourir. Ne s'était-il pas contenté de lui faire mémoriser les versets de ce nouveau livre saint, que tous les croyants vénèrent à présent et appellent le Coran: la récitation.
Mahomet soupire, nombreux sont les comploteurs qui n'attendent que son trépas pour devenir calife à la place du prophète. A qui passer son pouvoir pour que les Arabes continuent les incroyables conquêtes qu'il a orchestrées avec génie? Abu Bakr, Omar et Ossman sont tous trois de bons vizirs doués dans l'art de la guerre, mais peut-être ne sont-ils pas assez sages pour guider les croyants ? Reste son cousin et beau fils Ali Ibn Abi Talib à qui il a donné sa propre fille Fatima en mariage. Mahomet le sait très éduqué et magnanime. Oui, Il fera l'affaire.

Devant 300000 fidèles Mahomet prononce son dernier discours. Ali sera son successeur et le prochain calife.
Déjà dans l'ombre les 3 judas de l'Islam complotent, Abu Bakr, Omar et Ossman ne se laisseront pas faire. Le lendemain, à la mort du prophète, ils écartent Ali du pouvoir et Abu Bakr devient l'illégitime successeur de Mahomet.
Ali, atterré par la mort de son cousin et beau père ne peut se résoudre à agir. Il ne veut pas lancer une guerre civile au sein des musulmans. Il dit à ses plus fidèles suivants de se taire et d'attendre. Abu Bakr semble satisfait de cet arrangement et laisse à Ali une semi liberté. Mais à sa mort les choses se compliquent. Omar prend le pouvoir et tente d'assassiner Ali de ses propres mains. Mais en défonçant la porte de chez lui, il heurte de plein fouet le visage de Fatima, la fille du prophète, et la tue sur le coup. Horrifié, il quitte la maison d'Ali pour ne plus y revenir. A sa mort c'est Ossman qui devient calife. Mais cette fois les musulmans n'en peuvent plus de cette traitrise. Des soulèvements un peu partout en Irak et en Egypte déclenchent une guerre civile. Ali lui même à la tête d'une armée combat les Umayyades (la dynastie d'Ossman). Médine est bientôt assiégée et Ossman abattu.

Apres 22 ans, Ali devient enfin Calife, bien qu'il se qualifiera lui même d'Imam. Il meurt 5 ans plus tard.
Les Umayyades reprennent le pouvoir, mais les fidèles d'Ali refusent leur souveraineté. Ils rentrent dans la clandestinité avec leur nouveau guide spirituel, ou Imam, le fils d'Ali: Hasan. Ils s'appelleront les Shiites et seront persécutés jusqu'à la fin de leur jours. Devenus martyrs, ils ne cesseront jamais de clamer la légitimité de leurs Imams.
Hussein, le frère de Hasan et 3èmeImam, réclame son droit au califa et attaque en 669 Yazid, à Kerbala. Il est trahi pas ses soldats Irakiens et décapité. C'est aujourd'hui l'Imam le plus adoré des shiites.

Il a fallu attendre le 17ème siècle et la dynastie des Safavides pour que les Shiites aient enfin un état à eux. Shah Abbas I, déclare le Shiisme religion officielle de la Perse en 1621.

J'y suis en ce moment et inutile de vous dire que les shiites sont un peuple tout à fait épatant.

vendredi 17 juin 2005

Le Pakistan: Où sont les femmes?

La fin de mon temps en Inde est arrivée. Je quitte la capitale des Sikhs (Amritsar) à l’extrême nord ouest du sous contient, et me dirige vers l'unique poste frontière ouvert entre l'Inde et le Pakistan: Wagah.


Passer la frontière est une formalité on ne peut plus simple si l'on possède un visa en règle. A peine de l'autre côté des grandes portes en fer blanc, et une fois derrière mon dos le drapeau Indien, un officier de 1m90 vient me saluer et me souhaiter la bienvenue au Pakistan. Pour moi, il ressemble en tout point au soldat qui m'a fait le salut d'adieu à l'Inde 10 mètres avant mais il doit être musulman j'imagine. C'est après tout la seule raison qui a poussé les Punjabis de ce côté du continent à exiger d'être séparés de l’Inde lors de l'Indépendance en 1947.
Je tends la main, il me la broie.


Là où, lors du passage d'une autre frontière, j'aurais tracé direct jusqu'a la ville la plus proche, ici j'attends patiemment la fermeture des portes. C'est qu'il y a une cérémonie très spéciale qui attire chaque jour 3500 Indiens et 1000 Pakistanais ici.


Je me place tout devant dans la tribune du côté Pakistanais. Je suis vite pressé de toute part par des Barbus de toute sorte très excités par l’évènement. Tintin est assise seule dans la tribune réservée aux femmes.

Un gros type avec un drapeau donne les ordres en Urdu:
"Dites ceci ou cela" "levez les bras" "criez" etc...
Devant nous se sont placés les soldats Pakistanais qui effectuent une sorte de marche en miroir avec leurs équivalents Indiens. C'est un peu à qui criera le plus fort d'entre les Indiens et les Pakistanais pour encourager leurs troupes respectives.
Les soldats lèvent la jambe très haut pour la faire retomber avec fracas sur le sol tout en avançant vers la ligne frontière. Les Indiens font de même.
Lorsque les deux officiers les plus gradés des deux postes sont quasiment nez à nez, ils s'arrêtent et tapent encore quelque fois le sol avec leurs bottes, avant de se donner la poignée de main la plus courte de l'histoire. Les gens hurlent, et les drapeaux des deux pays s'abaissent à la même vitesse (il ne faut jamais qu'un drapeau soit en dessous de l'autre). Finalement les portes de ferment et je crie avec la foule:
PAKISTAN....... ZINDABAR ZINDABAR ZINDABAR
ALLAH ALLAH ALLAH
(longue vie au Pakistan - Dieu Dieu Dieu)

Tout ceci terminé om me serre la main et on me remercie. Je profite de la cohue pour m'éclipser et prendre le premier bus pour Lahore.
Ma première impression de cette ville est mauvaise. Pas que les rues soient sales ou l'air plus pollué qu'ailleurs. Non. Ce qui me tend c'est l'absence totale de femme dans les rues.
Il n’y a que des hommes à moustaches portant tous le même habit : une sorte de chemise de nuit en coton avec un pantalon de la meme matière, et qui se tiennent par la main.


Tintin est mal à l’aise car elle est dévisagée de toute part. Elle me presse de trouver un hôtel.
Une fois notre chambre réservée et payée, elle se précipite dedans et s'enferme à double tour. Je ressors seul et me rends dans le quartier où se trouvent les agences de voyage qui devraient me renseigner sur la suite du voyage:


S’il y a un endroit à voir au Pakistan, c'est le Karakoram highway : la route qui mène en Chine a travers les montagnes. Mais ce n’est pas sur notre chemin.
Un autre, tout autre, est le Khyber Pass. Une sorte de canyon immense s'étirant de l'Afghanistan jusqu'au Pakistan, par lequel tous les envahisseurs venu du Moyen Orient sont passés pour venir dans le sous continent. D'Alexandre le Grand jusqu'au Seldjoukides en passant par les descendants de Gengis Khan dans l'autre sens.


C'est à 7 heures de bus vers l'ouest, près de la ville qui a fait tant parler d'elle durant la guerre en Afghanistan, à cause du grand nombre de réfugiés qui y sont venus: Peshawar.

En arrivant là-bas, il s'est avéré que ces dits réfugiés étaient encore là, et qu'ils avaient jusqu'au 30 juin pour quitter le Pakistan. Dans le Khyber pass, c'était donc un flot contenu de camion contenant des familles entières afghanes rentrant enfin chez elle avec le peu de bien qu'elles avaient accumulés au Pakistan. Les femmes à l'arrière ne peuvent pas être confondues car elles portent toute la bourca bleue typique.

Pour entrer au Kyber il faut une mitrailleuse que le gouvernement vous fourni sous la forme d'un garde. En effet cette zone est hors du contrôle du gouvernement. C'est la loi tribale qui prévaut (Le far West si vous voulez)


Il y a une grande concentration de contrebandiers qui importent de l'héroïne et du hashish d'Afghanistan. D'autres impriment de faux billets américains. Bref, beaucoup de personnages à la gâchette facile. Mais le paysage et la valeur historique de l'endroit en valent la peine. C'est aussi l'occasion de voir des Pashtounes aux yeux verts et des Afghans.


Une fois de retour à Peshawar nous réservons un vol interne pour Quetta (dernière grande ville du sud avant l'Iran) et nous rendons là bas le jour d'après.

Attablé à un café dans la soirée, je suis accosté par trois hommes qui veulent discuter avec moi. Nous abordons le sujet de l'égalité entre les sexes.


-Pourquoi n’y a-t-il presque pas de femmes dans les rues ? leur demandai-je.
-Selon le Quran, m’expliquent-ils, la femme est inférieure à l'homme. Il est donc normal qu’elle obéisse à son père et à son mari, n’est-ce pas ? Et comme ceux-ci ne préfèrent pas qu’elles sortent et se montrent dans les rues, à cause de la mauvaise réputation que cela donnerait à la famille, elles restent à la maison
Si une femme sortait, les hommes du quartier la considèreraient comme une prostituée et porteraient un jugement mauvais sur ses frères et son père, ou sur son mari.
-Mais n'est-ce pas là votre problème plutôt? m’écrié-je.
Pourquoi est-ce aux femmes d’en payer le prix ? Pourquoi les hommes ne resteraient ils pas à la maison et les femmes....


Je me rends compte soudainement que le ton de ma voix a monté, et que cette conversation ne me mènera nulle part. Je m'en veux aussi d'avoir perdu mon sang froid et d'avoir fait preuve d'intolérance dans un pays qui n'est pas le mien. Je m’apaise et baisse le ton. Je tente de changer de sujet mais ils insistent et me lancent pour conclure :

-Mais enfin tu es fou ! C’est écrit dans le Quran que la femme est inférieure à l'homme. Pourquoi tu veux changer ça ? Tu es un homme toi.

Je pense à Tintin, qui m’attend seule à l’hôtel, et qui déprime depuis 3 semaines que nous sommes ici. Je me dis qu’elle a un courage incroyable, mais qu’il est temps de nous remettre en route.

Nous partons pour l'Iran.

mercredi 11 mai 2005

Bénarès: Les vaches s'en chargent



Bénarès c'est l'autoroute vers le paradis! Il suffit de vous faire brûler dans cette ville, puis jeter dans le Gange, et vous êtes sûr d'aller rejoindre Vishnu, Shiva et Brahmâ dans le royaume des Dieux après coup. Elle n’est pas sympa cette bonne vieille Bénarès? Tout ça parce que Shiva (déguisé sous un de ses multiples avatars), y a passé une partie de son éternelle vie.

Mais la religion mise a part, qu'est-ce que Bénarès a à offrir à l'hérétique voyageur?
Pour moi ça a été la rencontre avec les vaches sacrées et la vision d'un cadavre gonflé d’eau, mangé par les poissons, qui flottait sur le Gange.
Je ne souhaite pas m'étendre sur le deuxième événement mais par contre, les vaches sacrées méritent un bon paragraphe.

Avant de relater mon expérience avec ces bêtes, laissez-moi vous poser la question suivante: Quelle est votre relation avec les vaches?

Vous les imaginez sans doute brouter de l'herbe quelque part dans la montagne où vous n'allez jamais, ou vous êtes plus réaliste, et vous les imaginez dans des batteries, empilées les unes sur les autres n'est-ce pas?
Vous en avez vu quand vous étiez gosses durant votre course d'école à la ferme, ou vous habitiez un village et elles passaient une fois par année en cortège pour la descente de l'Alpage.

En Inde c'est très différent. Les vaches sont sacrées. Elles sont considérées comme des êtres humains ou presque. Elles gambadent dans les ruelles de Bénarès (et plein d'autres villes) comme tels, à la recherche de nourriture, et dorment devant tel ou tel magasin la nuit venue. Personne ne les garde, personne ne les mange, et personne n'ose les maltraiter. Je me rappelle ma première rencontre avec ces animaux :Je sortais de mon hôtel ou je venais de poser mes affaires pour aller visiter la vieille ville de Bénarès. En tournant au coin d'une minuscule ruelle, je me retrouvai nez à nez avec un immense taureau d'au moins 250 kg, aux cornes aiguisées et menaçantes, qui m'ignora complètement et avança dans ma direction comme si je n'avais pas été là. Je dus me coller au mur pour le laisser avancer. Le choc passé je me rappelle avoir ri aux larmes.


L'avantage de la présence de ces bovidés dans la ville c'est qu'ils mangent toutes les poubelles que personne du reste n'aurait ramassées. Ils les digèrent avec leur estomac à toute épreuve et les transforment en bouses, que les habitants récupèrent une fois sèches, et utilisent comme combustible. Le seul hic, c'est qu'ils les traient, et vous mettent ce lait douteux dans le thé que vous buvez, mais sans le savoir.
Elles sont nourries avec du foin de temps en temps. Et sont donc parfois mieux loties que les mendiants.

Les ghâts de Bénarès (les accès au Gange) sont multiples et diverses. Certains sont utilisés uniquement pour le bain, d'autres pour les cérémonies de mariage, d'autres pour la crémation. La dernière catégorie est la plus intéressante pour l'hérétique que je suis. A ciel ouvert, devant tout le monde, la famille du défunt vient brûler ce dernier sûr des piles de bois achetées au préalable à un prix exorbitant.
On pourrait s'attendre à ce que ça pue la chaire humaine carbonisée, mais non : Le bois utilisé est très spécial, il semblerait qu'il absorbe les odeurs. Une fois le corps entièrement brûlé, le ou la compagne du/de la défunt/e va jeter les restes des os dans le Gange avec les cendres. Une fois ceci fait, il/elle remplit une jarre d'eau du Gange, se place dos au bûcher, jette la jarre par dessus son épaule gauche dans le bûcher encore chaud, puis s'en va sans se retourner. La cérémonie est ainsi achevée. Plus personne ne pourra toucher cette personne pendant 15 jours. C'est le temps de la purification.





Bénarès c'est vraiment l'Endroit ou l'on ressent cette philosophie si puissante qu’est l’hindouisme le mieux.

Mais les pauvres n'ont pas assez d’argent pour acheter le bois de crémation. Sans les brûler ils jettent dans le Gange, leurs morts sans fortune attachés à une corde de fortune.
Alors quand la corde s’effrite et que le dit mort remonte à la surface, moi, je me mets en route pour le Pakistan.

dimanche 8 mai 2005

La Birmanie: l'air a tremblé

Nous sommes le samedi 7 mai, il est 14h55. Tintin et moi sommes à l'Alliance Française de Rangoon, assis à la terrasse du café attaché au centre culturel, la tête dans les magazines GEO à organiser la suite de notre voyage. L'alliance est au 340 Pyaiy road, environ 500 mètres au nord du Dagon centre, énorme centre commercial ultra cher ou pavoisent les membres de la classe privilégiée de ce pays (les familles des chefs du gouvernement militaire). Comme dans un mauvais film de série B, l'air se met à trembler et une détonation assourdissante vient nous sortir de nos lectures.

Au début c'est l'étonnement! Les yeux écarquillés je regarde autour de moi pour voir si quelqu’un comprend quelque chose à tout ça, mais tout le monde fait la même tête que moi. Les minutes passent dans la peur et l'attente.
Bientôt un étudiant Birman de l'alliance arrive en courant et susurre à Htoo (un membre d'un groupe démocratique estudiantin avec lequel nous avions bavardé un peu plus tot) quelque chose en Birman. Ce dernier se retourne vers moi et me lance:
-Il y a eu un attentat à la bombe au Dagon center. Un véritable carnage. Des dizaines de personnes gisent sur la chaussée décapitées ou démembrées. Les militaires arrivent par dizaines pour appréhender les gens sur les lieux encore debout. Il va y avoir de l'emprisonnement arbitraire...

J'attends. Dois-je me précipiter à mon ambassade ou à mon hôtel? Dois-je me cacher? Dois-je fuir la capitale? Je ne sais pas, j'attends. Les minutes passent dans la peur. Puis le même étudiant revient en courant: il y a eu deux autres attentats à la bombe dans une autre centre commercial ainsi que dans un hall d'exposition où étaient invités nombre de Thaïlandais.

Htoo me regarde à nouveau:
-Il n'y a jamais eu d'attentats à la bombe visant à tuer jusqu'ici en Birmanie, c'est la première fois que des gens meurent. Cette fois le gouvernement va trembler...
Je réfléchis. Mon vol pour Calcutta est après demain, si une révolution armée doit commencer dans la capitale il va au moins falloir attendre que les rebelles s'organisent à la périphérie. Combien de temps à ma disposition? 24 heures, 48 heures?

A 18h00 je quitte l'Alliance et retourne a l'hôtel. En passant devant le Dagon center je vois une image que je ne pourrai plus oublier de ma vie. Non pas des cadavres humains gisant ci et là, non pire que ça. Ce que je vois est intolérable. Une masse de militaire de toutes les couleurs se sont empressés de couvrir les lieux de l'accident tant qu'ils ont pu. Les cadavres empilés dans je ne sais quelle beine à ordures recouverte d'une bâche, les vitres calfeutrées, la population repoussée à une bonne centaine de mètres...
C'est un coup dur pour le général suprême de l'armée Birmane: Than Shwe. Il ne faut pas que ces événements déstabilisent son autorité. Il ne faut pas laisser les gens se regrouper comme en 88. Non pas ça!! Il faut occulter, mentir à nouveau comme nous mentons depuis 50 ans à ce peuple. Dire que la situation est complètement contrôlée. Mettre la faute sur les démocrates tout de suite. Surtout ne pas laisser la piste de scission au sein du gouvernement s'échapper. Les Shan, Les Kachin Les Kayins peu importe quelle tribu il ne faut pas que les gens cessent d'avoir peur...

Mais c'est déjà trop tard. Le soir dans la capitale il n'y a personne. Les militaires sont partout dans les rues et barrent les routes pour contrôler tout le monde. Je suis confiné dans mon hôtel. Interdit de sortir. La police est déjà venue contrôler mon identité.

On pourrait croire que les gens se sont faits dupés... non.
Le lendemain, la vie a repris à Rangoon mais les langues se sont déliées. Là où avant je n'avais osé aborder le sujet politique avec qui que ce soit, c'est maintenant les Birmans eux même qui en parlent. Mohammed, chauffeur de taxi né en 1952, ayant vu passer son pays de la démocratie à la dictature puis à la révolution éclair pour retomber dans la dictature, ne se tait plus. Il me parle avec véhémence des événements de la veille:
-This damned government! They have all they deserve! They have been robbing us, lying to us for too long! Corrupted! During the military parades every year, they check every single bag at the people's square! But for the rest they don't give a damn!! It's only for their own wealth that they fight! They don't care about the people! The will never release Aung San Suu Kyi, and we will never have the promised constitution! F*them all! We’d better all do like the Shan, and declare an independent state somewhere in the mountains!

L'effet escompté a eu lieu. Les gens se rebiffent, leur esprit se réchauffe. Pleurent-ils leurs morts? Non bien sûr, seuls les riches fréquentent les centres commerciaux, et pour être riche il faut être fils de colonel!

Que va-t-il se passer? Par curiosité je regarde les nouvelles sur TV Myanmar 3 en anglais. Comme d'habitude ils commencent par parler de fabriques de textiles en effervescence ou de production de thé inégalée jusqu'ici, de nouveaux barrages construits pour le peuple afin d'arrêter de leur couper l'électricité quand bon leur semblent etc.

Bien sûr tout ceci est de la propagande de bas de gamme et aucun Birman qui se respecte de regarde cette chaîne de télévision. Je me lasse et me prépare à éteindre la télévision persuadé qu'ils ne parleront pas des attentats. (Celui de Mandalay n'a pas été couvert et les rebellions Shan ne sont pas traitées: tout ce qui nuit au gouvernement n'est pas montré. Chaque jour ils ne montrent que des généraux en visite dans des fabriques imaginaires ou dans des écoles imaginaires, assistant à des conférences avec la population dont tout le monde au Myanmar vous dira la même chose: c’est de l’endoctrinement, n'en parlons même pas c'est tellement ridicule)
Mais cette fois j'ai tort. La speakerine commence à parler des attentats. Bien sûr! Tout le monde est au courant! Le cacher serait donner la preuve formelle que cette chaîne télévisuelle est tronquée.
Le texte qu'elle lit est bien monté. Les actes sont qualifiés d’inhumains, ayant tués d'innocentes victimes, perpétrés par des ennemis de la paix et de la tranquillité du Pays, des ennemis du PEUPLE, des COLONIALISTES, etc.
J’éteins, excédé par cette propagande de mauvais goût, insultant l'intelligence des Birmans.
Chez nous aussi les faits sont déguisés. Bush va délivrer l'Irak d'un terrible dictateur possédant des armes de destructions massives, pas sécuriser son ravitaillement de pétrole. Mais c'est fait de manière classe. On le sait mais on ne se sent pas insulté. Ils se sont donné de la peine. Mais ici... mon Dieu!

Plus tard dans l'après midi une autre bombe explose dans l'Inlay lake hôtel. Personne n'en parlera. Ni la presse internationale ni la presse gouvernementale. C'est assez minime pour réussir à totalement l'occulter. Mais le bouche à oreille fonctionne si bien que tout le monde le sait déjà. Les gens savent aussi que ce n'est pas de 11 morts dont il s'agit, mais de 40 ou 50 morts.

Mais le gouvernement ne peut pas se permettre de montrer au monde qu'il est attaqué de toutes parts et que son heure est proche. Les dirigeants ne veulent pas lâcher le gâteau. Ils veulent le manger en entier. Ce n'est pas le désir d'unifier le Myanmar qui les pousse, ni celui d'écrire cette constitution promise depuis vingt ans, ni celui de voir la population heureuse et avoir leur soutien... non.
C'est la soif de pouvoir. Là où ils sont il ont tout. Richesse, terre, avantage, prestige. J'ai eu l'occasion de voir le quartier général du gouvernement de l'extérieur. Un immense complexe ultra protégé par une multitude de soldats postés devant de grands murs blancs. J'ai aussi vu la prison, où des chauffeurs de bus peuvent y passer 2 ans pour cracher par la fenêtre de leur véhicule, où les étudiants du groupe de Htoo y passent en ce moment même 17 ans pour avoir distribué des flyers dans l'enceinte de l'université pour organiser une manifestation, où un moine bouddhiste de Mandalay va y passer 25 ans pour avoir réclamer la libération des prisonniers du parti démocratique d’Aung San Suu Kyi. J'ai aussi été voir la maison de cette femme, du moins jusqu'au barrage militaire ou je me suis fait remballer à gentils coups de crosse de fusil dans les côtes.

Que reste-t-il à ce peuple? Rien. Même l'espoir a déserté l’esprit des plus valeureux. Ils me le répètent à chaque fois: Qu'avons-nous à présenter devant leurs fusils ? A part nos cris de désespoir.







jeudi 31 mars 2005

Extrait du Laos

Nous sommes au Laos depuis une semaine maintenant.
Les premiers jours nous les avons passés sur une île au milieu du
Mékong tellement paisible et belle, que si ce n'avait été pour aller
voir les très curieux dauphins d'eau douce à une journée de bateau de
là, je ne l'aurais pas quittée, mon île.


Notre objectif est de remonter paisiblement le pays jusqu'au triangle
d'or à l'extrême nord ouest, de passer en Thailande par voie fluviale et de nous envoler pour la Birmanie depuis Chang Mai.

Hier, nous avons roulé dans la campagne avec notre scooter loué toute la journée pour visiter une grotte tellement profonde que j'ai bien cru que nous allions atteindre le centre de la terre et rejoindre M Vernes. Mais après 30 min de marche dans la pénombre - notre seule source de lumière étant des lampes de poches soviétiques peu efficaces - nous avons atteint le fond, où coulait une rivière souterraine de toute beauté.


Demain nous continuons notre périple vers le nord et devrions arriver à Luang Prabang dans la soirée: cette ville, ancienne capitale du Laos, abrite encore 32 temples tous bâtis avant le début du siècle dernier. C'est donc tout à fait logiquement l'endroit ou toutes les familles du pays envoient leur fils aîné faire ses 4 ans d'études monastiques; le crâne rasé, nus sous une tunique orange vive.

En attendant l'événement avec un grand E du Laos: le nouvel an, nous tuons le temps en courtes excursions d'une journée en dehors de la ville. Par exemple la fameuse Pak Ou cave: trou creusé dans le flanc d'une falaise tombant sur le Mékong. La dite grotte contient 1500 petites figurines de Bouddha.




Plus au sud c'est les cascades à l'eau turquoise perdues dans la jungle où vous guettent de paresseux tigres accompagnés par quelques ours cossus. Baignades et plongeons à volonté.




Le jour du nouvel an est finalement arrivé. La tradition veut que, lors du défilé des moines dans la rue principale, les habitants leur lancent de l'eau des fenêtres pour les purifier. Aujourd'hui cette tradition s'est transformée en gigantesque bataille de pistolets à eau sur trois jours dans toute la ville. Comme je n'appréciais pas trop de servir de cible sans défense pour cette horde de touristes et de locaux déchaînes, je me suis procuré moi aussi un super-soaker et me suis lancé dans la bataille. Finalement tout le monde perd car tout le monde fini trempé.



Des petits malins corsent encore le jeu en vous attrapant par derrière afin de vous couvrir le visage de graisse brûlée bien noire tandis qu'un de leurs compères surgit devant vous pour vous asperger de farine, faisant ainsi passer vos joues en une fraction de secondes d'un brun pâle à un blanc lessive.

Le jour du défilé est là. Je perds mes compères dans la foule et endosse soudain le rôle d'un méchant paparazzi. Je cours comme un dératé dans la foule pour me poster à l'intérieur du temple ou Miss Laos va faire couler le vin sacré dans la rigole à la fin de la procession. Les policiers ne me voient pas et je peux prendre des clichés de très près de cette très belle Laotienne. Lorsqu'elle sort enfin du sanctuaire, je me jette à ses côtés et prends un cliché de nous juste avant d'être serré par les flics et jeté à des kilomètres de la procession. Quelle rigolade.



Une fois le nouvel an terminé nous passons en Thaïlande en remontant ce qui reste de Mékong au Laos jusqu'a la frontière. C'est un voyage de 2 jours de bateau extrêmement désagréable. Mais les scènes que vous offrent les berges du Mékong sont d'une rare beauté. Jungle intriquée, buffles en baignade remuant les oreilles et la queue nonchalamment, enfants Hmongs batifolant dans l'eau boueuse,
villages de bambou tapis sous les arbres.

Ca y est nous sommes en Thaïlande a Chiang Mai. Non contents de ce
retour a la civilisation (les thaïs eux-mêmes décrivent le Laos comme "la Thaïlande d'il y a 20 ans"- et avec la vitesse de l'émergence économique des "5 tigres asiatiques" ça veut dire quelque chose!) nous décidons de ne pas nous attarder dans ce pays. Jeudi, si tout va bien, nous accosterons dans la République ante démocratique du Myanmar.

vendredi 25 mars 2005

La Kampuchea

Je suis maintenant au Cambodge. Voilà une semaine et demi que Tintin et moi sommes sur les chemins de la Kampuchéa (Cambodge en ancien
Khmer) et on peut dire qu'on en a eu pour bien plus que notre argent.

Arrivés à Phnom Penh le jeudi 17 mars, nous avons rapidement épuisé les
activités de la capitale, comprenant entre autres le musée national et le palais royal. Après cela nous avons foncé vers l'Activité avec un grand A du Cambodge, celle qui nous a amené ici, vous l'avez deviné, il s'agit de l'Angkor Wat :
Temple Khmer dédié au Dieu Vishnu, (plus précisément à son 9ème avatar Rama) construit au 12ème siècle par le roi Suryavarman II. C'est le plus gros édifice religieux jamais construit, et le plus beau monument construit par une civilisation disparue, toujours
debout aujourd'hui.
Les Bas-reliefs dans la galerie extérieure qui racontent les légendes des Dieux Hindous et leurs guerres épiques sont très bien conservés et étonnent par leur précision dans l'art du burin. Et lorsque l’on arrive au 3ème et dernier niveau par un escalier à 75 degrés et que l’on surplombe le temple à 44 mètres de hauteur, c’est très fort en sensations.



Nous sommes maintenant de retour à la capitale et nous nous préparons à faire route vers le Laos en remontant tranquillement le Mékong.

Avant de quitter Phnom Penh je me demande encore pourquoi j’ai entrepris ce périple.
Etait-ce simplement pour découvrir ce qui se cachait entre le pacifique et l’atlantique?
Ou pour voir le monde avec mes yeux d’enfants, tel qu’il est vraiment, sans filtre atténuant les faits, sans jugements de valeurs interposés, sans condamnation aucune, sans haine…
J’ai cru pouvoir le faire, vraiment… Mais il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ici… Le refrain d’un passé trop proche qu’on entend murmurer dans le silence… Un drame collectif pour lequel les martyrs n’ont pas encore reçu réparation… Un désir d’indépendance et de liberté pris en otage par des fous :
Les Khmer Rouges.

Des marxistes responsables de la mort de 2 millions d’innocents entre 1975 et 1979. L 'autre jour, je suis allé au centre culturel français pour acheter un livre sur la prison S21 (un livre de toute beauté: c'est un réalisateur cambodgien qui a retrouvé
les deux seules personnes qui ont survécu à la prison S21 –véritable prison d'extermination- qui les a ramenés la même où ils furent torturés, et leur a fait rencontrer leurs anciens bourreaux -également retrouvés par le réalisateur- les discussions sont incroyables) et la libraire qui me l'a vendu me disait en très bon
français qu'elle ne pouvait pas lire de livre sur les Khmers rouges car son traumatisme avait été bien trop grand quand elle était gamine. Elle devait je cite: manger les feuilles des arbres et fouiller les poubelles pour se nourrir, car les khmer rouges exécutaient toute personne prise en flagrant délit en train de pêcher.


Chaque Cambodgien de plus de 40 ans qu'on rencontre a vécu cette période horrible de l'histoire et peut être perdu un frère ou un père. Ou alors c'est un ancien Khmer rouge, peut être même un bourreau chargé d'exécuter de pauvres innocents accusés de "traîtrise" par le parti et à qui ils ont extirpé de faux aveux par la torture. En réalité l'Angkor le disait bien haut: la révolution n'a besoin que de 1million et demi de Khmer pour se faire, ils étaient 7millions au moment de la prise du pouvoir par Pol pot, faites le calcul.

Ce qui rend la réconciliation nationale difficile, c’est que parmi les quatre chefs de l'Ankar ("l'organisation" en cambodgien, c'est ainsi que Pol pot et ses acolytes appelaient le Parti) il n'y en ait pas un seul qui soit passé devant la justice.
Pol Pot se "serait fait juger" par ses anciens camarades en 1997 dans un procès public fantoche, et serait "mort" une année après en résidence surveillée (le corps a été brûlé pour arranger tout le monde).
Khieu Samphan et Nuon Chea sont bien heureux dans leur grande villa quelque part à l'est du Cambodge, tandis que l'homme fort du pouvoir actuel (c'est le même depuis 1985) Hun Sen refuse toujours de les faire comparaître devant la justice car il craint une guerre civile.
Et le plus accablant de tout c'est le sort du 4ème: Ieng Sary qui a été carrément gracié par le roi en 1996 et qui a fait parti du gouvernement après la chute du régime.

Comment un peuple peut-il se reconstruire, laisser derrière lui un passé douloureux, se réconcilier les uns avec les autres, si ceux qui ont fauté ne demandent pas pardon, et ceux qu’on a fauté croient toujours qu’ils l’ont peut-être mérité ?