Je suis maintenant au Cambodge. Voilà une semaine et demi que Tintin et moi sommes sur les chemins de la Kampuchéa (Cambodge en ancien
Khmer) et on peut dire qu'on en a eu pour bien plus que notre argent.
Arrivés à Phnom Penh le jeudi 17 mars, nous avons rapidement épuisé les
activités de la capitale, comprenant entre autres le musée national et le palais royal. Après cela nous avons foncé vers l'Activité avec un grand A du Cambodge, celle qui nous a amené ici, vous l'avez deviné, il s'agit de l'Angkor Wat :
Temple Khmer dédié au Dieu Vishnu, (plus précisément à son 9ème avatar Rama) construit au 12ème siècle par le roi Suryavarman II. C'est le plus gros édifice religieux jamais construit, et le plus beau monument construit par une civilisation disparue, toujours
debout aujourd'hui.
Les Bas-reliefs dans la galerie extérieure qui racontent les légendes des Dieux Hindous et leurs guerres épiques sont très bien conservés et étonnent par leur précision dans l'art du burin. Et lorsque l’on arrive au 3ème et dernier niveau par un escalier à 75 degrés et que l’on surplombe le temple à 44 mètres de hauteur, c’est très fort en sensations.

Nous sommes maintenant de retour à la capitale et nous nous préparons à faire route vers le Laos en remontant tranquillement le Mékong.
Avant de quitter Phnom Penh je me demande encore pourquoi j’ai entrepris ce périple.
Etait-ce simplement pour découvrir ce qui se cachait entre le pacifique et l’atlantique?
Ou pour voir le monde avec mes yeux d’enfants, tel qu’il est vraiment, sans filtre atténuant les faits, sans jugements de valeurs interposés, sans condamnation aucune, sans haine…
J’ai cru pouvoir le faire, vraiment… Mais il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ici… Le refrain d’un passé trop proche qu’on entend murmurer dans le silence… Un drame collectif pour lequel les martyrs n’ont pas encore reçu réparation… Un désir d’indépendance et de liberté pris en otage par des fous :
Les Khmer Rouges.
Des marxistes responsables de la mort de 2 millions d’innocents entre 1975 et 1979. L 'autre jour, je suis allé au centre culturel français pour acheter un livre sur la prison S21 (un livre de toute beauté: c'est un réalisateur cambodgien qui a retrouvé
les deux seules personnes qui ont survécu à la prison S21 –véritable prison d'extermination- qui les a ramenés la même où ils furent torturés, et leur a fait rencontrer leurs anciens bourreaux -également retrouvés par le réalisateur- les discussions sont incroyables) et la libraire qui me l'a vendu me disait en très bon
français qu'elle ne pouvait pas lire de livre sur les Khmers rouges car son traumatisme avait été bien trop grand quand elle était gamine. Elle devait je cite: manger les feuilles des arbres et fouiller les poubelles pour se nourrir, car les khmer rouges exécutaient toute personne prise en flagrant délit en train de pêcher.
Chaque Cambodgien de plus de 40 ans qu'on rencontre a vécu cette période horrible de l'histoire et peut être perdu un frère ou un père. Ou alors c'est un ancien Khmer rouge, peut être même un bourreau chargé d'exécuter de pauvres innocents accusés de "traîtrise" par le parti et à qui ils ont extirpé de faux aveux par la torture. En réalité l'Angkor le disait bien haut: la révolution n'a besoin que de 1million et demi de Khmer pour se faire, ils étaient 7millions au moment de la prise du pouvoir par Pol pot, faites le calcul.
Ce qui rend la réconciliation nationale difficile, c’est que parmi les quatre chefs de l'Ankar ("l'organisation" en cambodgien, c'est ainsi que Pol pot et ses acolytes appelaient le Parti) il n'y en ait pas un seul qui soit passé devant la justice.
Pol Pot se "serait fait juger" par ses anciens camarades en 1997 dans un procès public fantoche, et serait "mort" une année après en résidence surveillée (le corps a été brûlé pour arranger tout le monde).
Khieu Samphan et Nuon Chea sont bien heureux dans leur grande villa quelque part à l'est du Cambodge, tandis que l'homme fort du pouvoir actuel (c'est le même depuis 1985) Hun Sen refuse toujours de les faire comparaître devant la justice car il craint une guerre civile.
Et le plus accablant de tout c'est le sort du 4ème: Ieng Sary qui a été carrément gracié par le roi en 1996 et qui a fait parti du gouvernement après la chute du régime.
Comment un peuple peut-il se reconstruire, laisser derrière lui un passé douloureux, se réconcilier les uns avec les autres, si ceux qui ont fauté ne demandent pas pardon, et ceux qu’on a fauté croient toujours qu’ils l’ont peut-être mérité ?

Khmer) et on peut dire qu'on en a eu pour bien plus que notre argent.
Arrivés à Phnom Penh le jeudi 17 mars, nous avons rapidement épuisé les
activités de la capitale, comprenant entre autres le musée national et le palais royal. Après cela nous avons foncé vers l'Activité avec un grand A du Cambodge, celle qui nous a amené ici, vous l'avez deviné, il s'agit de l'Angkor Wat :
Temple Khmer dédié au Dieu Vishnu, (plus précisément à son 9ème avatar Rama) construit au 12ème siècle par le roi Suryavarman II. C'est le plus gros édifice religieux jamais construit, et le plus beau monument construit par une civilisation disparue, toujours
debout aujourd'hui.
Les Bas-reliefs dans la galerie extérieure qui racontent les légendes des Dieux Hindous et leurs guerres épiques sont très bien conservés et étonnent par leur précision dans l'art du burin. Et lorsque l’on arrive au 3ème et dernier niveau par un escalier à 75 degrés et que l’on surplombe le temple à 44 mètres de hauteur, c’est très fort en sensations.
Nous sommes maintenant de retour à la capitale et nous nous préparons à faire route vers le Laos en remontant tranquillement le Mékong.
Avant de quitter Phnom Penh je me demande encore pourquoi j’ai entrepris ce périple.
Etait-ce simplement pour découvrir ce qui se cachait entre le pacifique et l’atlantique?
Ou pour voir le monde avec mes yeux d’enfants, tel qu’il est vraiment, sans filtre atténuant les faits, sans jugements de valeurs interposés, sans condamnation aucune, sans haine…
J’ai cru pouvoir le faire, vraiment… Mais il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ici… Le refrain d’un passé trop proche qu’on entend murmurer dans le silence… Un drame collectif pour lequel les martyrs n’ont pas encore reçu réparation… Un désir d’indépendance et de liberté pris en otage par des fous :
Les Khmer Rouges.
Des marxistes responsables de la mort de 2 millions d’innocents entre 1975 et 1979. L 'autre jour, je suis allé au centre culturel français pour acheter un livre sur la prison S21 (un livre de toute beauté: c'est un réalisateur cambodgien qui a retrouvé
les deux seules personnes qui ont survécu à la prison S21 –véritable prison d'extermination- qui les a ramenés la même où ils furent torturés, et leur a fait rencontrer leurs anciens bourreaux -également retrouvés par le réalisateur- les discussions sont incroyables) et la libraire qui me l'a vendu me disait en très bon
français qu'elle ne pouvait pas lire de livre sur les Khmers rouges car son traumatisme avait été bien trop grand quand elle était gamine. Elle devait je cite: manger les feuilles des arbres et fouiller les poubelles pour se nourrir, car les khmer rouges exécutaient toute personne prise en flagrant délit en train de pêcher.
Chaque Cambodgien de plus de 40 ans qu'on rencontre a vécu cette période horrible de l'histoire et peut être perdu un frère ou un père. Ou alors c'est un ancien Khmer rouge, peut être même un bourreau chargé d'exécuter de pauvres innocents accusés de "traîtrise" par le parti et à qui ils ont extirpé de faux aveux par la torture. En réalité l'Angkor le disait bien haut: la révolution n'a besoin que de 1million et demi de Khmer pour se faire, ils étaient 7millions au moment de la prise du pouvoir par Pol pot, faites le calcul.
Ce qui rend la réconciliation nationale difficile, c’est que parmi les quatre chefs de l'Ankar ("l'organisation" en cambodgien, c'est ainsi que Pol pot et ses acolytes appelaient le Parti) il n'y en ait pas un seul qui soit passé devant la justice.
Pol Pot se "serait fait juger" par ses anciens camarades en 1997 dans un procès public fantoche, et serait "mort" une année après en résidence surveillée (le corps a été brûlé pour arranger tout le monde).
Khieu Samphan et Nuon Chea sont bien heureux dans leur grande villa quelque part à l'est du Cambodge, tandis que l'homme fort du pouvoir actuel (c'est le même depuis 1985) Hun Sen refuse toujours de les faire comparaître devant la justice car il craint une guerre civile.
Et le plus accablant de tout c'est le sort du 4ème: Ieng Sary qui a été carrément gracié par le roi en 1996 et qui a fait parti du gouvernement après la chute du régime.
Comment un peuple peut-il se reconstruire, laisser derrière lui un passé douloureux, se réconcilier les uns avec les autres, si ceux qui ont fauté ne demandent pas pardon, et ceux qu’on a fauté croient toujours qu’ils l’ont peut-être mérité ?