mercredi 27 juillet 2005

La Perse

Que se cache-t-il derrière les frontières de l'Iran?

A en croire les dernières nouvelles Euro-étasuniennes, il semblerait que le nouveau président Iranien soit un affreux preneur d'otages, tueur de Kurdes, et que le gouvernement théocratique soit un modèle d'anti-démocratisme profond. La population serait fatiguée de son gouvernement despotique et n'attendrait que la première occasion pour se révolter et faire tomber l'Ayatollah (chef religieux suprême de l'Iran).

Est-ce là ce qu'on observe?

Et bien avant de répondre, laissez moi remettre les choses dans leur contexte.
Les Perses n'ont jamais connu la démocratie. La population a toujours été gouvernée par un seul homme, et ce depuis l'empire Achéménide datant de 500 avant Jésus Christ. La révolution culturelle à laquelle nous avons assisté en 1979 n'avait pas à sa source un désir de changement de système, mais un désir de changement de roi.

Nous sommes au 19ème siècle, la révolution industrielle bat son plein de l'Angleterre jusqu'à la Russie et l'approvisionnement en or noir commence de plus en plus à intéresser les visionnaires des deux pays. L'Angleterre est présente juste à l'est du pays, de par sa colonie Indienne ; elle souhaite plus que tout s'assurer un accès au Golf Persique. La Russie au Nord, entre la Caspienne et la mer Noire a déjà ravi à l'Iran la Géorgie, L'Azerbaïdjan, l'Arménie et le Daghestan et s'apprête à descendre plus bas, dans le même but.
Mais ironiquement, la faiblesse de la dynastie du moment, les Jars, sauvèrent l'Iran d'une Invasion. Nasser al Dinh (1848-1896) était un imbécile, plus préoccupé à satisfaire son harem et puiser dans les caisses de l'Etat pour satisfaire ses caprices, qu'à s'inquiéter de l'intérêt croissant des Puissances occidentales pour son pays. Il gaspillait d'ailleurs tellement d'argent en imbécillités, qu'il renouvelait sans cesse la vente à prix perdu des ressources de son pays aux Puissances.
Au sommet de sa folie, il s'était même apprêté à vendre aux Britanniques "le droit d'exploitation de toutes les ressources économiques du pays (banques, mines chemin de fer entre autre) pour une somme aussi ridicule que 40'000 pounds, suivi de payements de 10'000 pounds annuellement pendant les 25 années à venir. Heureusement le deal a été découvert par la communauté internationale et déclaré caduc.

Mais il n’en restait pas pour le moins asservi aux deux Puissances qui l'entourait, et son pays servait de zone tampon entre elles. Désireuses de ne pas entrer en conflit d'intérêt direct (la Russie et l'Angleterre ayant toutes deux été membres de la triple entente durant la première guerre), elles restèrent ainsi en statut quo.

En 1906, Les Iraniens, révoltés de voir leur pays lécher les bottes des puissances, et de voir leur ressources pillées, montèrent au barricades et exigèrent du roi Muzzafar al Din la mise en place d'un parlement:le Majlis. Inquiets de voir le pouvoir d'un roi si obéissant et coopératif affaibli, les russes persuadèrent son fils: Mohammed Ali, de déclarer la loi martiale et d'annuler le parlement en 1908.
Un soulèvement historique s'en suivi à Tabriz en 1909, obligeant Mohammed Ali à abdiquer en faveur de son fils (encore enfant): Ahmed. Les Russes matèrent la rébellion en assiégeant la ville pendant 40 jours. Cet événement est encore célébré par les Iraniens; ils l'appellent la révolution constitutionnelle.

Durant la première guerre mondiale, le pays fut occupé partiellement par les Britanniques au sud, la Russie au Nord et la Turquie au Nord ouest. Le roi Ahmed, très affaibli perdit le contrôle du pays, et les Britanniques soutinrent un officier charismatique du nom de Reza Khan dont ils financèrent le coup d'Etat en 1921. Il prit le pouvoir et s'auto couronna roi d'Iran, entamant ainsi la dynastie des Pahlavis.

Ce nouvel illettré à la tête du pays était bien sûr à la solde des Russes et des Britanniques et continuait à leur servir de pantin.
Lord de la deuxième guerre mondiale, son penchant naziste obligèrent les Russes et les Britanniques à s’en débarrasser et lui préférèrent son fils de 22 ans: Mohammed Reza.

Comme on le sait, la deuxième guerre a été synonyme de déclin pour les Puissances Européennes. Non seulement elle affaiblit grandement les Britanniques, Les Français et les Russes, mais elle fit aussi prendre conscience aux colonies Asiatiques que le Blanc tout puissant n’était en fait pas invincible. Des hommes tels: Ho shi min, Suharto, Aung San, Gandhi, Pol Pot et j'en passe firent leur études en Europe et virent de leurs yeux la décadence des Puissances à ce moment de l'histoire. Avec l'aide des japonais, des pays comme le Vietnam, le Laos, le Cambodge, l'Indonésie, la Malaisie, la Birmanie et les Philippines se défairent des Brits, Hollandais, Français et Portugais et déclarèrent leur indépendance une fois que les japonais, vaincus chez eux, eurent mis les voiles.
Bien que ces Puissances, soucieuses de protéger leur intérêts tentèrent en vain de reprendre le contrôle d'une partie de ces pays (Dutch en Indonésie, Français au Laos) et que la nouvelle puissance montante du moment (USA), dans son combat contre le communisme, y mena aussi sa guerre (Vietnam), toutes ses ex colonies, l'Inde y comprit finirent par gagner leur indépendance totale. C'était la fin des colonies.

Mais tout ne fut pas si rose pour l’Iran, car leur indépendance était pour ainsi dire fantoche.
Le roi Mohammed Reza continuait à servir les intérêts des Puissances. Notamment des Anglais, qui à ce moment de l’histoire, pompaient déjà une quantité impressionnante de petro dollars du sol Iranien via l'Anglo Iranian oil company.

Dans cette atmosphère peu rose, un homme se leva: le docteur Mohammad Mossadegh. Il devint premier ministre à la place de Razmara assassiné, et nationalisa la compagnie de pétrole. Rapatriant ainsi l'argent de l'or noir vers les Iraniens.

L’ultra colonialiste Winston Churchill persuada alors Eisenhower d'organiser un coup d'Etat dans le sous sol de leur ambassade à Téhéran visant à se débarrasser de Mossadegh et récupérer ainsi, je le cite "notre pétrole".
Le 19 Août 1953 c’est ce qui arriva. La résidence de Mossadegh fut attaquée par des chars et des soldats pro-Reza, et le premier ministre fut enfermé en résidence surveillée jusqu’à sa mort. Les britanniques récupérèrent ainsi «leur» or noir.

Ainsi, la révolution culturelle qui eut lieu en 1979, en réponse a la flambée des prix du pétrole dont le Iraniens ne virent pas un centime avait bien pour but de se débarrasser du roi fantoche à la solde des britanniques, et non d'accéder à la démocratie.
Lorsque l'ayatollah Khomeiny revint d'exile le 1er février 1979, il fut acclamé par des millions de gens comme un sauveur et devint naturellement le nouveau leader.

(Khomeiny avait du fuir pour ses nombreuses critiques contre le roi, dont celle-ci que je ne peux m'empêcher de vous relater : Critique qu'il a formulée lorsque le roi a donné complète immunité aux soldats américains sur sol Iranien en 1964: "le roi a réduit les Iraniens à un niveau plus bas qu'un chien américain. Car en Amérique si quelqu’un roulait sur un chien dans la rue, il serait jugé. Tandis que si un Américain roulait sur un Iranien en Iran, il n'aurait aucun soucis.")

En arrivant il déclara : « dorénavant, c'est moi qui nommerait le gouvernement et personne d'autre » Faisant référence aux nombreux rois mis au pouvoir par les Puissances durant les décennies précédentes.

L'Ayatollah un dictateur? Je pense que c'est ce que les pays ayant perdu leur ravitaillement de pétrole pas cher en Iran diront.
Pour l'instant, il se contente de vérifier qu'aucun président à la botte des occidentaux ne prenne le pouvoir.
Après deux siècles de léchage de bottes, les Iraniens ont la langue sèche. Ils ne veulent plus rien venant de l'ouest, et c’est compréhensible.

Maintenant, on ne peut pas non plus ignorer les massacres ignobles commis par les gardiens de la foi lors de la période qui suivit le retour de Khomeiny en Iran, et dans le contexte de la guerre contre l'Irak.
Un climat de tension et de méfiance interne exacerbée...

Bien sûr des prisonniers politiques furent exécutés. Des Iraniens érudits s'habillant et se comportant à l'européenne furent emprisonnées et torturés.
Mais un rapide coup d'oeil sur toutes les révolutions du monde vous rappellera que ce genre de pratiques se retrouve au travers du globe.
La terreur en France, imposée par Robespierre.
Les exécutions arbitraires supervisées par Che Guevarra lui même à Cuba.
La guerre civile d'Espagne.
Les Khmers rouges au Cambodge.
La liste est longue...

Quand un régime s'effondre et qu'un autre se met en place, il y a toujours une volonté de rupture énorme avec le passé. Et les anciens alliés ou défendeurs du régime déchu sont toujours la première cible des massacres...

Alors bien sur le voile est obligatoire (même si les choses se sont adoucies et que les filles les plus jeunes abusent en maquillage, en chaussures ouvertes et en voile révélant 3/4 de leur chevelure) mais la partie rurale de la population est très croyante et pas du tout fâchée par cet état de fait.

Alors quoi, sous prétexte qu'ils n'ont pas troqué leur Religion contre une république laïque, il faudrait les attaquer? leur faire manger de la démocratie a coups de crosse de fusils?

Non, certainement pas.

Les Iraniens croient à l'abstinence avant le mariage, à la non consommation d'alcool, au code vestimentaire stricte. Ce sont leurs valeurs imprégnées d'Islam.

Faut-il avoir peur qu'ils arment des terroristes pour nous attaquer? Non.
Ils sont eux même victime de terrorisme dans leur pays, qu'ils matent sans sourcilier.

Si les Iraniens sont méfiant à l'égard de l'occident, c’est à cause de l'occident. Alors peut-on vraiment s’en offusquer ?



vendredi 15 juillet 2005

L'origine


Nous sommes le 7 juin 632 A.D. dans la petite ville de Yathrib, mieux connue sous son appellation actuelle: Médine.
Une foule anormalement grande s'est amassée aux abords de la mosquée.
L'homme qui, il y a 10 ans était arrivé ici en fugitif, vêtu de haillons, et qui aujourd'hui règne en souverain absolu sur toute l'Arabie Saoudite qu'il a lui même unifiée est sur le point de faire une déclaration.

Mahomet, car c'est son nom, sait qu'il est sur le point de mourir. L'ange Gabriel, dont il avait reçu la visite il y a de cela bien longtemps maintenant, ne lui avait pas dit ce qui adviendrait de son royaume s'il venait à mourir. Ne s'était-il pas contenté de lui faire mémoriser les versets de ce nouveau livre saint, que tous les croyants vénèrent à présent et appellent le Coran: la récitation.
Mahomet soupire, nombreux sont les comploteurs qui n'attendent que son trépas pour devenir calife à la place du prophète. A qui passer son pouvoir pour que les Arabes continuent les incroyables conquêtes qu'il a orchestrées avec génie? Abu Bakr, Omar et Ossman sont tous trois de bons vizirs doués dans l'art de la guerre, mais peut-être ne sont-ils pas assez sages pour guider les croyants ? Reste son cousin et beau fils Ali Ibn Abi Talib à qui il a donné sa propre fille Fatima en mariage. Mahomet le sait très éduqué et magnanime. Oui, Il fera l'affaire.

Devant 300000 fidèles Mahomet prononce son dernier discours. Ali sera son successeur et le prochain calife.
Déjà dans l'ombre les 3 judas de l'Islam complotent, Abu Bakr, Omar et Ossman ne se laisseront pas faire. Le lendemain, à la mort du prophète, ils écartent Ali du pouvoir et Abu Bakr devient l'illégitime successeur de Mahomet.
Ali, atterré par la mort de son cousin et beau père ne peut se résoudre à agir. Il ne veut pas lancer une guerre civile au sein des musulmans. Il dit à ses plus fidèles suivants de se taire et d'attendre. Abu Bakr semble satisfait de cet arrangement et laisse à Ali une semi liberté. Mais à sa mort les choses se compliquent. Omar prend le pouvoir et tente d'assassiner Ali de ses propres mains. Mais en défonçant la porte de chez lui, il heurte de plein fouet le visage de Fatima, la fille du prophète, et la tue sur le coup. Horrifié, il quitte la maison d'Ali pour ne plus y revenir. A sa mort c'est Ossman qui devient calife. Mais cette fois les musulmans n'en peuvent plus de cette traitrise. Des soulèvements un peu partout en Irak et en Egypte déclenchent une guerre civile. Ali lui même à la tête d'une armée combat les Umayyades (la dynastie d'Ossman). Médine est bientôt assiégée et Ossman abattu.

Apres 22 ans, Ali devient enfin Calife, bien qu'il se qualifiera lui même d'Imam. Il meurt 5 ans plus tard.
Les Umayyades reprennent le pouvoir, mais les fidèles d'Ali refusent leur souveraineté. Ils rentrent dans la clandestinité avec leur nouveau guide spirituel, ou Imam, le fils d'Ali: Hasan. Ils s'appelleront les Shiites et seront persécutés jusqu'à la fin de leur jours. Devenus martyrs, ils ne cesseront jamais de clamer la légitimité de leurs Imams.
Hussein, le frère de Hasan et 3èmeImam, réclame son droit au califa et attaque en 669 Yazid, à Kerbala. Il est trahi pas ses soldats Irakiens et décapité. C'est aujourd'hui l'Imam le plus adoré des shiites.

Il a fallu attendre le 17ème siècle et la dynastie des Safavides pour que les Shiites aient enfin un état à eux. Shah Abbas I, déclare le Shiisme religion officielle de la Perse en 1621.

J'y suis en ce moment et inutile de vous dire que les shiites sont un peuple tout à fait épatant.